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Femme © Fotolia/auremar

Les femmes et la vie politique

Lundi 11 février 2013

Bien que le droit de vote soit reconnu en France depuis deux siècles, les femmes françaises ne peuvent voter que depuis la fin de la seconde guerre mondiale... En effet, il faut attendre l’Ordonnance d’Alger d’avril 1944 pour qu’elles puissent pour la première fois élire et… être élues.

Depuis, leur participation à la vie politique n’a cessé de croître : les femmes sont ministres, députées, sénatrices, élues locales… Peut-être aurons-nous bientôt une femme Présidente de la République !

Mais, pour en arriver là, il en a fallu du temps…

Déjà, et contrairement à d’autres royaumes comme l’Angleterre ou l’Écosse par exemple, la France n’a jamais eu de Reine. En effet, un article du code salique élaboré au Moyen âge, fut employé par les juristes de la dynastie royale des Valois pour justifier l'interdiction faite aux femmes de succéder au trône de France.

Les choses auraient pu changer avec la Révolution et la République. Mais les femmes, malgré certaines prises de position comme celles de Condorcet, sont considérées comme intellectuellement inférieures et inféodées à leur mari ou au clergé, donc incapables d’exercer un libre choix. Elles sont exclues de la citoyenneté, privées de leurs droits politiques. Alors que les hommes peuvent, eux, voter et être élus.

Longtemps, seuls les hommes financièrement aisés pouvaient voter : c’était ce qu’on appelle le suffrage « censitaire » par référence au « cens », c’est-à-dire au niveau d’imposition des citoyens. La Constitution de 1848 a institué le suffrage universel et celle de 1875 l’a confirmé, mais uniquement pour les hommes.

Au tournant du XXème siècle, un mouvement général vers l’émancipation des femmes (protection contre le travail abusif, contre leurs époux, reconnaissance d’un statut civil propre…) les amène à revendiquer les mêmes droits politiques que les hommes. En Angleterre et aux États-Unis, le mouvement des « suffragettes » défie les pouvoirs par des actions d’éclat.

En France, durant toute la IIIème République, des groupes, des journaux vont travailler pour ouvrir le droit de vote aux femmes ; les députés se prononcent pour mais le Sénat s'y montre défavorable à plusieurs reprises. Jules Guesde dépose une proposition de loi pour l'égalité civile et politique. Des campagnes de sensibilisation sont menées à travers le pays par des femmes comme Marthe Bray, Louise Weiss ; des votes parallèles ouverts aux femmes sont organisés dans certaines communes pour les scrutins municipaux.

Entre 1914 et 1918, les femmes remplacent partout les hommes partis au front : dans les fermes, les usines, à la tête de la famille... Leur place dans la société est consolidée. A tel point que, en 1936, Cécile Brunschvicg, Suzanne Lacore ou encore Irène Juliot-Curie, fille de Marie et Pierre Curie et prix Nobel de chimie, sont nommées membres du gouvernement du Front populaire, dirigé par Léon Blum.

Durant le second conflit mondial, les Françaises sont nombreuses dans les mouvements de Résistance. Il semble alors tout naturel, à la Libération, de leur accorder le droit de vote.

Les femmes votent pour la première fois le 29 avril 1945 pour les élections municipales et le 21 octobre pour les élections législatives : 34 femmes sont élues membres de l’Assemblée nationale constituante (qui en compte 586, soit 5,6 %).

Désormais, des femmes se présentent à toutes les élections : locales, nationales et européennes.

  • 250 d’entre elles deviennent maires en 1947 soit environ 1 % du total des maires ; en 2008 la moyenne se situe à 14 % ;
  • au Sénat, le pourcentage des femmes est passé de 7 % en 1947 à 16,9 % aujourd’hui ;
  • au Parlement européen, elles représentent 30 % des députés européens.

Mais la proportion de femmes reste désespérément faible par rapport aux hommes… Pour accélérer la parité dans les assemblées élues, on décide en 1999 de modifier la Constitution de 1958 pour ouvrir la voie à ce qu’on appelle la « discrimination positive ». C’est la possibilité prévue par la loi de donner un « coup de pouce » à une minorité. Un nouvel alinéa est ajouté à la Constitution qui dispose que « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives ». Un an plus tard, le 6 juin 2000, la loi sur la parité homme-femme incite les partis politiques à promouvoir les candidatures féminines à l’occasion des élections, sous peine de sanctions.

Cette loi porte progressivement ses fruits. Ainsi, aux élections législatives de 2012, la proportion de femmes élues députées est passée de 18 à 27% (155 sur 577 députés).

Voilà ce qu’il en est au niveau des textes, des lois.

La parité voudrait 1 femme pour 1 homme à tous les niveaux de responsabilité, en politique, dans le secteur public mais aussi dans les entreprises privées. Leurs droits, leur statut et leur salaire devraient être égaux.

Est-ce vraiment le cas ?