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Liberté, égalité, fraternité sur le tympan d'une église © Wikicommons

Qu'est ce que la laïcité ?

Mardi 2 avril 2013 (mis à jour le 25 janvier 2016)

La laïcité, tu en as certainement entendu parler, tu en as même déjà sûrement débattu en classe ou avec ta famille, mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ?

Le mot « laïc » vient du latin "laicus" qui signifie « commun, du peuple ». On désigne par là toutes les personnes qui ne font pas partie de l'Eglise.  

La première utilisation du terme « laïcité » dans un document officiel en France semble remonter aux événements de la Commune de Paris (1871) et est liée à la mise en place par l'Etat d’un enseignement non religieux.

C'est en 1881 et 1882 que Jules fait voter les lois instituant, d'une part, un enseignement primaire obligatoire et, d'autre part, la laïcité et la gratuité de l'enseignement primaire public dans toute la France.

Consulte le dossier sur les lois scolaires de Jules Ferry sur le site du Sénat

Quelques années plus tard, la loi du 9 Décembre 1905 affirme le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat - sans pour autant parler de laïcité -, couronnant ainsi une évolution douloureuse de la société française lancée depuis le dix-huitième siècle (celui que l'on appelle le "siècle des Lumières") par des auteurs comme Voltaire.

Clique ici pour consulter de manière interactive un original de la loi du 9 décembre 1905 conservé par les Archives nationales

Aujourd'hui, notre Constitution indique dans son article premier que :

La France est une République indivisible, laïque et démocratique

Mais qu'est-ce qu'une République laïque ? Tentons ensemble de le définir !

La laïcité, c'est la neutralité de l'Etat
Drapeau français Mairie ©Fotolia

La République ne reconnait, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte

Article 2 de la loi du 9 décembre 1905

 En France, l'Etat est neutre vis-à-vis des religions. Cela signifie deux choses :

1/ D'abord qu'il considère tous les croyants (ou non croyants) comme égaux et qu'il les traite donc de façon identique sans favoriser tel ou tel culte par rapport à un autre ;

2/ Cela signifie aussi que l'administration (l'école, les hôpitaux ou encore les mairies par exemple) doit donner toutes les garanties de sa neutralité afin que les usagers ne puissent douter de celle-ci.

Par exemple, l'école publique est laïque : les enseignants n'ont pas le droit d'y enseigner ou de montrer leur religion. Cette neutralité du corps enseignant garantit aux enfants que personne ne cherchera à les influencer en faveur (ou en défaveur) de telle ou telle croyance.

La laïcité, c'est le respect de la liberté de conscience
Arbre de la laïcité à Fresnes © CreativeCommons

La liberté de conscience, c'est le respect de la liberté d'opinion de chacun, notamment religieuse, dans le cadre du principe de séparation des Eglises et de l'Etat. Cette liberté est garantie par l'article 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen :

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses [...]

Laïc ne veut pas dire athée (qui ne croit pas) ou hostile aux religions. Si l'Etat ne reconnaît aucune religion (dans le sens où il n'en favorise aucune), il ne doit en ignorer aucune. Parmi les acquis de la laïcité, figure ainsi l'affirmation que tous les membres d'une communauté religieuse ont le droit d'exercer leur culte librement. C'est le sens de l'article premier de la loi du 9 décembre 1905 dont nous avons déjà parlé :

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

 

Quelle place pour la laïcité aujourd'hui ? La loi du 15 mars 2004

Aujourd'hui la loi de 1905 a plus de 100 ans et un large débat sur la laïcité et la place du religieux et de ses revendications dans la société a lieu depuis plusieurs années. Les valeurs de la République se trouvent confrontées à de nouveaux défis, notamment celui de la tentation du repli communautaire

En 2003, le Président de la République de l'époque - Jacques Chirac - a demandé la création d'une commission sur l'application du principe de laïcité dans la République. Cette commission a rendu un rapport dans lequel elle suggérait d'interdire le port "ostensible" de signes religieux dans les établissements scolaires publics. Par ostensible, il faut entendre très visible : c'est le fait de porter un signe religieux de façon tellement manifeste que personne ne peut ignorer qu'on est membre de telle ou telle religion.

Regarde Bernard Stasi, le président de cette commission, présenter son rapport au Sénat :

 

En effet, c'est principalement dans les écoles que des problèmes se posent du fait de l'évolution du contexte politique et social de la France. On l'a vu, la route vers la séparation de l'Eglise et de l'Etat a débuté par l'école avec la création d'un enseignement non religieux et public. La République et l'école se sont construites l'une avec l'autre.

A la suite du rapport de M. Stasi, un large débat s'est engagé dans la société française et a conduit à l'adoption, le 15 mars 2004, d'une loi qui encadre le principe de laïcité.

Cette loi a ajouté un nouvel article dans le code de l'éducation qui est rédigé comme ceci :

Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.

Jette un oeil sur ce reportage vidéo de 2005 qui présente le débat autour de la laïcité en France :

Faut-il inscrire les principes de la loi de 1905 dans la Constitution ? - L'actualité du principe de laïcité

Entre 2008 et 2014, selon le ministère de l'intérieur, le nombre d'atteintes contre des édifices religieux a été quasiment multiplié par quatre. Les agressions à caractères islamophobes, antisémites ou encore contre des chrétiens sont également plus nombreuses.

Alors que les attentats qui ont frappé la France en 2015 ont ravivé des tensions notamment envers les musulmans, plusieurs hommes et femmes politiques souhaitent que les principes de la loi de 1905 définissant la laïcité soient renforcés.

Selon eux, cela permettrait, d'une part, à toutes personnes souhaitant exercer son culte de pouvoir le faire sereinement, et, d'autre part, d'éviter les comportements contraires à la liberté d'expression et de conscience, à l'égalité entre les hommes et les femmes ou encore visant au prosélytisme religieux. Le prosélytisme désignant un comportement qui vise à rallier d'autres personnes à une idée ou, dans le cas présent, à une religion.

Aujourd'hui, plusieurs conceptions de la laïcité s'affrontent. Entre ceux qui remettent en cause le principe de laïcité en tant que telle, ceux qui souhaitent une laïcité plus "ouverte" et conciliante envers l'expression des orientations religieuses de chacun et ceux qui sont partisans d'une laïcité intransigeante, refusant l'expression des particularismes religieux dans la sphère publique.

C'est dans ce cadre que le Sénat examine, le 3 février 2015, une proposition de loi visant à inscrire dans la Constitution le titre 1er de la la loi de 1905. 

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.
Article 1er de la loi du 9 décembre 1905

Jacques Mézard, sénateur du Cantal, présente cette proposition de loi :

"Faire respecter un principe de laïcité qui est un principe de liberté"

Jacques Mézard, Président du groupe RDSE au Sénat

Conclusion en vidéo !

Après toutes ces informations, il est essentiel de faire un petit résumé. Regarde cette courte vidéo !